Cameroun : Paiements pour services écosystémiques dans l’estuaire du Rio Del Rey

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Bien que les fonctions des écosystèmes de mangrove de l’estuaire du Rio Del Rey soient de plus en plus reconnues, leur valeur économique est insuffisamment reflétée dans les considérations commerciales.

Les écosystèmes de mangroves de l’estuaire du Rio Del Rey (RDR) font partie des plus productifs du Cameroun et fournissent de nombreux services dont la contribution au développement et à l’amélioration des conditions de vie des populations n’est plus à démontrer (Global Environnent Facility, 2010). De même, elles sont le théâtre d’intenses activités économiques menées par une population riveraine en pleine croissance dont le revenu principal provient de ces écosystèmes côtiers. Ajonina et al., (2014) ont relevé que, la valeur économique des services écosystémiques de l’estuaire du Rio Del Rey en générale et celle de la pêche en particulier a été estimé à 1,3 milliards de FCFA/an dans la péninsule de Bakassi et 3.760.956 FCFA/an. Ces mangroves regorgent tout aussi d’importantes ressources pétrolières et gazières utiles à la relance économique du pays.

Ecosystème en danger

Les mangroves de l’estuaire du Rio Del Rey ne sont pas exemptées de dégradation. Si elles sont éloignées des centres urbains, elles ne sont pas pour autant épargnées des effets néfastes telle la pollution par les hydrocarbures, des coupes de bois excessives pour de fumage de poisson ou les constructions et la surexploitation des produits de pêches tels que le poisson, les crevettes et mollusques. Elles sont aussi victimes d’une insécurité criarde due à la piraterie maritime et menacée de disparition suite à l’envahissement par le Nypa palm (plantes invasive). L’une des menaces indirectes qui plane sur cet écosystème sont les séquelles laissée par la guerre de Bakassi, bien que terminée depuis la signature de « l’accord de Greentree » en 2006. En effet, les termes de cet accord expliquent clairement la situation des populations locales (98% de nigerain), mais pas celles des ressources naturelles et leur gestion puisque aucune mesure de partage et de gestion participative de ces ressources n’a été abordée dans les négociations (Tamba, 2015). La nécessité des paiements pour services écosystémiques (PSE).

Bien que les fonctions des écosystèmes de mangrove de l’estuaire du Rio Del Rey soient de plus en plus reconnues, leur valeur économique est insuffisamment reflétée dans les considérations commerciales. Ainsi, les forêts sont sous-estimées et cela entraine souvent leur dégradation ou leur conversion à d’autres utilisations. Par ailleurs, les plans de Paiements pour services écosystémiques (PSE) peuvent corriger cette lacune du marché grâce à des incitations économiques appropriées favorisant le transfert de ressources financières des bénéficiaires des services écosystémiques à ceux qui les fournissent. Néanmoins, bien que connus des milieux de l’agronomie, ils restent encore très flous voir peu connus au niveau des communautés locales et autres acteurs au niveau de l’estuaire du Rio Del Rey. La preuve, cette étude démontre que, les mangroves de l’estuaire du Rio Del Rey fournissent des services écosystémiques (SE) appartenant à quatre catégories notamment les services d’approvisionnement, services de régulation, services culturels et les services de soutien. Les majeures parties prenantes incluses dans l’exploitation et la gestion de ces SE sont les pêcheurs (54,19%), les exploitants du bois (21,59%), les transformateurs du poisson (18,49%), les compagnies pétrolières, les agro-industries et les autorités administratives (5%). Ces différentes parties prenantes ont une faible connaissance des PSE (12%), elles sont laxistes (60%) face au paiement pour un service quelconque et ont également une mauvaise attitude face au mécanisme (52,33%). Ce qui entraine un faible niveau (55%) de perception vis-à-vis des PSE.

Des systèmes de paiements existants mais pouvant être renforcés

Trois systèmes de paiement des services d’approvisionnement existent dans les mangroves de l’estuaire du RDR. Ces différents systèmes fonctionnent autour des ressources ligneuses, halieutiques et pétrolières à travers le paiement des taxes d’accès aux ressources. Les fournisseurs potentiels de ces SE sont les populations locales tandis que les bénéficiaires potentiels sont à la fois les populations locales, les compagnies pétrolières et agro-industries. Outre les systèmes actuels, des potentiels mécanismes de paiement s’offrent à ces mangroves et tournent autour des services écosystémiques tels que l’écotourisme, la séquestration du carbone, la protection des bassins hydrologiques et des ressources génétiques.

Cladelle Tido

Chercheur, spécialiste en restauration des écosystèmes

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