Cameroun : Amnesty International demande la fin des détentions arbitraires

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Dans son communiqué du 10 décembre 2020, l’organisation de défense des droits humains relève les différentes violations.

Les arrestations, détentions arbitraires et poursuites devant les tribunaux militaires d’opposants qui se sont réunis pacifiquement, sont le dernier épisode de la répression des autorités camerounaises contre les voix dissidentes depuis fin septembre, a déclaré Amnesty International ce jour. Sur au moins 500 personnes arrêtées en lien avec les manifestations du 22 septembre 2020, en majorité des militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, opposition) ; au moins 160 sont aujourd’hui en détention. Parmi elles, 13 ont été condamnées à des peines de prison ferme par des tribunaux civils, et 14 ont été renvoyées devant un tribunal militaire. Fabien Offner, Chercheur sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale à Amnesty International a déclaré : « L’implacable répression des opposants et des dissidents a continué ces derniers mois au Cameroun. Ceux qui en ont payé le prix fort se sont vus infliger des peines de prison sur la base d’accusations fallacieuses alors qu’ils n’ont fait qu’exercer leur doit à la liberté de réunion et de manifestation pacifique. »

D’après Fabien Offner, les autorités camerounaises doivent mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires. Elles doivent aussi libérer immédiatement les prisonniers de conscience. A l’appel du MRC, des manifestations avaient été programmées dans plusieurs villes du Cameroun le 22 septembre dernier. Elles ont été interdites par les autorités, et suivies par des arrestations et des détentions arbitraires. Selon les avocats, au 25 novembre dernier, au moins 160 personnes étaient toujours en détention dans les villes de Douala, Yaoundé, Bafoussam et Nkongsamba. Les avocats ont déposé 45 recours pour que ces personnes ne soient pas détenues provisoirement dans l’attente de leur procès, mais ils ont été automatiquement rejetés. Huit personnes ont été condamnées le 17 novembre 2020 par le tribunal de première instance de la ville de Mfou (Centre) à deux ans de prison, après avoir été déclarées coupables « des délits d’attroupement, de réunions et manifestations publiques, et de rébellion en groupe ». Cinq personnes ont été condamnées le 6 novembre à quatre mois de prison dans la ville de Nkongsamba (Ouest) pour tentative de manifestation publique.

Utilisation des tribunaux militaires

Par ailleurs, 14 personnes arrêtées le 22 septembre dernier ont été renvoyées devant le tribunal militaire de Bafoussam entre le 24 et le 25 novembre pour « tentative d’insurrection en coaction, réunion et manifestation publique non autorisée ». L’une d’elle est aussi poursuivie pour « outrage au président de la République », pour avoir été détentrice de deux pancartes portant entre autres des inscriptions demandant le départ du président Biya. En outre, au moins 45 autres militants du MRC arrêtés le 22 septembre, ont été inculpés pour « tentative de révolution », « rébellion », « attroupement aggravé » et « défaut de carte d’identité » par le tribunal militaire de Yaoundé, et placés en détention provisoire à la prison centrale de la ville. C’est le cas notamment de Olivier Bibou Nissack, Porte-parole de Maurice Kamto, et d’Alain Fogue Tedom, Trésorier National du MRC.

A Yaoundé, Awasum Mispa Fri, la Présidente des Femmes du MRC a été arrêtée le 21 novembre pour avoir réclamé, avec des dizaines d’autres femmes, la  fin de l’assignation à résidence de Maurice Kamto, président du MRC, en vigueur depuis le 22 septembre.  Elle a été inculpée de « complicité de révolution et rébellion » par un tribunal militaire et placée en détention provisoire. Enfin, quatre membres du mouvement Stand Up For Cameroon, très actifs dans les régions anglophones, ont été arrêtés le 18 septembre par la gendarmerie à Douala après avoir participé à une réunion au siège du parti d’opposition Cameroon People’s Party. Ils sont toujours en détention provisoire après avoir été présentés au tribunal militaire de Douala Bonanjo. Ils sont accusés de “tentative de complot, révolution et insurrection”. « Les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas être compétents pour juger des civils tel que rappelé dans les directives et principes sur le droit à un procès équitable de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, » a souligné Fabien Offner.

Amnesty International a reçu le témoignage d’un militant du MRC interpellé en septembre, à Douala, soumis à de la torture ou autre mauvais traitement lors de son interrogatoire sans la présence d’un avocat dans un site de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) situé au port de la ville, puis détenu au secret pendant deux mois et cinq jours sur un autre site, sans avoir rencontré un juge ou un magistrat. Remis en liberté au début du mois, il a déclaré à l’organisation qu’il est parti à la DST pour répondre à une convocation. Après qu’il a refusé de  déverrouiller son téléphone, un agent a menotté son bras et son pied. “ (..). L’agent m’a demandé si je suis du MRC, si j’ai voté aux dernières élections, si j’ai manifesté, il m’a dit que j’excitais la rébellion. Il m’a redemandé de déverrouiller mon téléphone, j’ai de nouveau refusé et il m’a giflé, puis roué de coups de poing sur le visage … »

« Plus tard des éléments de la police sont venus me menotter les mains derrière le dos. Je suis monté à l’arrière du pick-up.  On m’a amené dans un autre service, menotté comme si j’étais un bandit. On m’a fouillé, ils ont consigné toutes mes pièces d’identité et on m’a mis dans une salle sans fenêtre, avec des moustiques, sans eau potable. C’est là-bas que j’ai fait plus de deux mois’, a-t-il ajouté. « Les actes de torture ou autres souffrances infligées par les agents de la DST à des personnes arrêtées doivent faire l’objet d’une enquête impartiale et indépendante et les principaux responsables identifiés et sanctionnés », a lancé Offner.

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