Nigéria : Amnesty International fustige les atrocités de Boko Haram

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Selon son rapport du 08 décembre 2020, les personnes âgées souffrent de façon particulière du conflit qui sévit depuis près de dix ans dans le nord-est du pays.

Beaucoup d’entre elles sont mortes de faim chez elles ou y ont été massacrées. D’autres ont dépéri et ont perdu la vie alors qu’elles étaient détenues de façon illégale par des militaires dans des conditions déplorables. Le rapport de 67 pages, intitulé « Mon cœur saigne » : La vie des personnes âgées face au conflit, au déplacement et à la détention dans le nord-est du Nigeria (extraits disponibles en français), montre comment les personnes âgées, des hommes comme des femmes, ont été victimes d’atrocités par le groupe armé Boko Haram et par l’armée nigériane, sans qu’aucun responsable présumé de ces actes n’ait rendu des comptes.

Le rapport d’Amnesty International dénonce également le fait que la réponse humanitaire néglige systématiquement les personnes âgées déplacées. « Lorsque Boko Haram attaque des villes ou des villages, les hommes et les femmes âgés sont souvent parmi les derniers à fuir, et restent ainsi à la merci du groupe armé responsable d’actes de violence et de répression. Ce sont des agissements qui constituent des crimes de guerre et peut-être même des crimes contre l’humanité. Cela s’est traduit par des actes de torture, le fait d’être forcés d’assister au meurtre ou à l’enlèvement de leurs enfants, ainsi que par des pillages, responsables d’une insécurité alimentaire extrême », a déclaré Joanne Mariner, Directrice sur les Situations de Crise à Amnesty International.

L’armée nigériane, à son tour, a abattu à maintes reprises des personnes âgées chez elles lors d’opérations menées dans des villages situés dans des zones contrôlées par Boko Haram. De plus, des milliers de personnes âgées détenues dans des conditions sordides par l’armée ont été traitées sans dignité, et pour des centaines d’entre elles jusque dans la mort. Ces agissements constituent également des crimes de guerre et peut-être même des crimes contre l’humanité.  De nombreux villages dans les zones contrôlées par Boko Haram sont essentiellement peuplés de personnes âgées, qui n’ont pas pu fuir ou qui ont choisi de rester pour continuer à cultiver leur terre.

Dans ces villages, les personnes âgées sont menacées de tous les côtés. Boko Haram pille leurs maisons et empêche souvent les femmes âgées de se déplacer, ce qui constitue une difficulté pour que les familles puissent gagner de l’argent et se nourrir. Le groupe armé kidnappe ou assassine également leurs enfants et petits-enfants, et va parfois torturer ou tuer les personnes âgées elles-mêmes. « Des membres de Boko Haram […] m’ont demandé pourquoi j’étais toujours là alors que d’autres avaient fui […] Je leur ai répondu que je voulais rester chez moi et que je n’avais pas peur de mourir. Certains d’entre eux ont dit qu’ils allaient me faire souffrir continuellement au lieu de me tuer. Ils ont sorti un couteau et l’ont enfoncé dans mon pied, laissant une grosse entaille », a déclaré une femme de 80 ans venant d’un village de la zone de gouvernement local de Michika, dans l’Etat d’Adamawa.

Le 28 novembre 2020, au moins 43 agriculteurs ont été tués avec des machettes et des couteaux près du village de Koshebe, dans l’Etat de Borno. Des dizaines d’autres civils de cette zone sont portés disparus. Amnesty International s’est entretenue avec un homme de 65 ans qui faisait partie des personnes capturées. Cet ouvrier agricole avait un contrat pour une semaine. En effet, il a expliqué qu’il cherchait à travailler, car l’aide alimentaire que sa famille recevait à la suite de leur déplacement était irrégulière et insuffisante pour les nourrir. Boko Haram l’a épargné et libéré, mais a tué deux de ses fils. « Ces garçons étaient ceux qui m’aidaient à rester en vie », a-t-il déclaré. Des membres de Boko Haram avaient tué un autre de ses fils cinq années plus tôt. C’était lors d’une attaque ayant contraint la famille à fuir leur village dans la zone de gouvernement local de Mafa.

L’insécurité alimentaire qui touche les personnes âgées est due à plusieurs raisons. Notamment le pillage des récoltes et du bétail par Boko Haram et les strictes restrictions d’accès imposées par l’armée nigériane à l’aide humanitaire. Selon les informations dont dispose Amnesty International, un grand nombre de personnes âgées sont mortes de faim. En septembre 2020, le Secrétaire Général des Nations Unies a alerté sur la famine qui menaçait le nord-est du Nigeria, avec des niveaux alarmants d’insécurité alimentaire et de faim.

 

 

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