Cameroun : Joseph Marie Eloundou s’intéresse à la filière cacao

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Le journaliste camerounais est entrain de boucler un ouvrage avec pour titre : « La fève de cacao de qualité, sa transformation et les défis de l’émergence au Cameroun. »

Ce livre lui a été inspiré entre autre par l’ambition affichée du gouvernement camerounais, à promouvoir la transformation des produits du cru. L’usine de transformation de cacao de Kekem et la suspicion d’accaparement des terres dans la Vallée du Ntem nourrissent également son inspiration. De tous les produits ciblés, le cacao semble être le plus à même de contribuer au déclenchement de la stratégie de domestication de nos produits de base. Pour Joseph Marie Eloundou, il y a toutefois des préalables.

D’abord une meilleure organisation de la filière s’impose et tous les acteurs de la filière en sont conscients. La production nationale de fèves tourne autour de 300 mille tonnes (la canalisation de la fève produite ainsi que les statistiques n’étant pas suffisamment structurées on n’a pas le tonnage exact). L’objectif gouvernemental dans le cadre de cette stratégie est la transformation industrielle de 40% de la production nationale. Le reste, c’est-à-dire 60% étant dédié à la transformation artisanale et à l’export. Moult contraintes se dressent devant cet objectif.

La quantité de la production

Jusqu’à lors, l’exportation de la fève à été la principale activité. C’est l’export qui détermine l’humeur de la filière à travers les prix au producteur. Ces prix pouvant varier à tout moment, créant une réelle instabilité dans la vie du producteur. Il ne peut pas faire de prévisions. En période de soudure le producteur fait face à un manque d’argent criard, qui l’expose souvent à une grande pauvreté.

Les difficultés au cours de l’itinéraire de production

Sans moyens financiers, ni logistique la production demeure artisanale. Il en découle une production de qualité mitigée. En effet, l’instabilité du producteur et la faible structuration des organisations des producteurs (les coopératives notamment) ne permettent pas à ces derniers de produire la fève de qualité dans les normes demandée par les industries de transformation, eu égard aux exigences des marchés.
La rude concurrence que se livrent les exportateurs entre eux sur le terrain des achats en vue d’exécuter les commandes se répercute durement sur les producteurs qui doivent affronter les « coxeurs » acheteurs clandestins.

Lorsqu’on y ajoute les transformateurs qui frappent nombreux à la porte de la fève, on assiste alors à une véritable bataille de la fève, qui fait peser des incertitudes sur les approvisionnements en fèves quantité et qualité suffisantes pour l’industrie.
Il y a donc une réelle bataille de la fève qui s’annonce et qui nécessite une régulation. Plusieurs hypothèses sont envisageables.

Aller chercher la fève sur d’autres marchés comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ; produire soit même la fève où enfin associer les producteurs en renforçant leur capacité. La première hypothèse au regard d’un marché verrouillé par les multinationales n’est pas envisageable à court terme. La seconde hypothèse non plus, dans le cas de Kekem notamment. Il se dégage ici une dangereuse impression d’un projet mal ficelé surtout pour un promoteur qui est lui-même un ancien exportateur de fèves et qui est donc supposé connaître l’environnement du marché.

De l’avis d’Eloundou, construire l’usine et planter après…c’est tout de même étonnant. En effet, dans le meilleur des cas, il faut attendre trois ans pour avoir les premières récoltes. Entre temps on fait comment ? C’est ici que la troisième hypothèse semble plausible. En effet, la superficie du verger national est estimée à plus de 400 mille hectares. Le rendement est très faible. Moins de 300 mille tonnes d’où une production de moins d’une tonne à l’hectare.

Marie Eloundou estime qu’il faut donc accroître la productivité du verger national pour la porter à une tonne à l’hectare au moins. Et porter la production nationale à 400 mille tonnes au moins. Cela est faisable et ne comporte que des avantages. Le cacao est l’un des rares produits de rente pour lequel nous pouvons affirmer une indépendance et une autonomie de production, celle-ci étant entre les mains de centaines de producteurs nationaux.

Le journaliste pense qu’avec un minimum d’organisation, les producteurs devraient pouvoir imposer leur prix. Cela ne sera possible que si la transformation est maîtrisée, ne serait-ce qu’en produits semi-finis. Ainsi les prix aux producteurs ne dépendront plus du marché international mais des transformateurs locaux. Deuxièmement, les plantations gigantesques posent d’énormes problèmes et la question régionale n’en est pas le moindre.

Pour Eloundou il n’échappe à personne, et ce n’est pas trahir un secret que de lourds soupçons de contrôle du foncier national pèsent sur certains groupes. Par ailleurs la vie et la survie de ces entreprises, d’une manière générale, sont liées au promoteur. En effet les entreprises camerounaises sont trop personnalisées et la disparition du promoteur est généralement génératrice d’arrêt progressif de l’activité voire de sa disparition.

Par ailleurs en cas de perturbations du fait de la survenance de crises comme cela est le cas dans les régions Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le personnel ne se sent que peu concerné. Tandis que dans le cas des coopératives tous les producteurs seront solidaires dans la défense de leurs intérêts. Joseph Eloundou propose donc une reprise en main du verger national, à travers une politique de structuration systématique des producteurs en coopératives cacaoyères.  Et des rôles précis à chaque intervenant.

Cette synergie permettra de produire de véritables entreprises de l’économie sociale, qui constituent un potentiel gisement d’emplois. Une telle démarche entraînerait les jeunes vers les campagnes. On construira ainsi une économie du cacao avec des effets structurants, grâce à une parfaite maîtrise de l’itinéraire technique. Chaque étape (depuis l’entretien des champs jusqu’à la transformation en transitant par la récolte, la fermentation, le séchage, la commercialisation) étant porteuses d’emplois. Ce serait d’ailleurs des entreprises qui emploieraient saisonnièrement des milliers de jeunes, notamment des étudiants qui se feraient de l’argent de poche.

L’expérience a été menée dans la vallée du Ntem. Dans la même veine on pourrait envisager la création de mutuelles d’ouvriers agricoles qui signerait avec les propriétaires des contrats de métayage. Selon Eloundou, on est ici loin des masses de prolétaires qu’engendreraient de gigantesques plantations, avec leurs lots de misères.
On pourrait aller plus loin en créant au sein des bassins des unités moyennes pour une première transformation, qui ravitailleraient en produits semi-finis( tourteaux, beurre, etc…) les grandes unités telles Kekem, Bokito, Mbalmayo, Kribi etc. Grâce à l’ONCPB, le cacao a fait le bonheur de l’économie de première génération au Cameroun.

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