Cameroun : Human Rights Watch demande des comptes sur la gestion du Fonds de Solidarité pour la Santé

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Selon l’ONG, le gouvernement devrait publier des informations sur l’utilisation de cette réserve d’urgence face à la pandémie de Covid-19.

Le gouvernement du Cameroun devrait publier immédiatement les informations pertinentes sur les recettes, les dépenses et la gestion de son Fonds de solidarité pour la santé, a déclaré le 12 juin 2020 Human Rights Watch. D’après l’organisation, les établissements de santé du Cameroun ont versé des contributions obligatoires à ce fonds d’urgence pendant plus de 25 ans. Le gouvernement devrait également débloquer de l’argent provenant de ce fonds pour soutenir les établissements médicaux qui font face à la pandémie de Covid-19, s’il ne l’a pas déjà fait, et ouvrir des enquêtes si une partie de ces fonds a disparu.

« Le Cameroun est le pays d’Afrique centrale qui connaît le nombre le plus élevé de cas confirmés de Covid-19 et, pourtant, il semble que le gouvernement n’ait pas déboursé d’argent provenant d’un fonds de réserve auquel les établissements de santé ont versé des contributions précisément pour faire face à des situations d’urgences comme celle-ci. Le ministre de la Santé devrait immédiatement faire en sorte que les sommes versées au Fonds de solidarité pour la santé soient mises à la disposition des établissements médicaux qui ont un besoin pressant de soutien, publier les informations relatives à la gestion de ce fonds et enquêter sur d’éventuelles irrégularités, » a déclaré Lewis Mudge, Directeur pour l’Afrique Centrale à Human Rights Watch., Directeur pour l’Afrique Centrale à Human Rights Watch.

Depuis 1993, la loi camerounaise exige que les établissements publics fournissant des soins médicaux primaires versent 10 % de leurs recettes mensuelles au Fonds de Solidarité pour la Santé. Les hôpitaux sont officiellement exemptés de cette charge, mais des membres du personnel médical ont affirmé à Human Rights Watch qu’ils contribuent également au fonds. Ce fonds, qui devrait relever de la responsabilité du Ministère de la Santé, a été créé pour servir de réserve financière d’appoint lors d’urgences sanitaires. Cependant, à la connaissance de Human Rights Watch, qui a tenté sans succès d’obtenir des informations auprès du gouvernement, aucune information au sujet des règles de gestion de ce fonds ou de ses activités n’a été publiée, ce qui le rend vulnérable à la corruption et aux détournements.

Human Rights Watch s’est entretenu avec huit membres du personnel médical, soit six médecins et deux infirmières, avec trois avocats et avec plusieurs représentants d’organisations non gouvernementales locales réparties dans tout le Cameroun, entre le 06 avril et le 24 mai 2020. Toutes ces personnes ont affirmé n’avoir aucune information concernant des décaissements du Fonds de solidarité pour la santé. Les prestataires de soins de santé ont indiqué qu’ils pensaient que le gouvernement n’a jamais déboursé d’argent de ce fonds, même pour lutter contre le Covid-19, et pourtant les établissements médicaux continuent d’y contribuer à hauteur de 10 % de leurs recettes. Human Rights Watch a également écrit le 11 mai au Ministre de la Santé, pour s’enquérir des règles de gestion du fonds et de ses activités, mais n’a pas reçu de réponse.

Le Cameroun avait enregistré 8.681 cas de Covid-19 et 208 décès à la date du 09 juin 2020. La majorité de ces cas étant survenus dans les villes de Yaoundé et Douala. Le nombre réel de cas est très probablement plus élevé, car les capacités de dépistage sont limitées. Fin mars, le gouvernement a demandé aux citoyens de contribuer à un Fonds Spécial de Solidarité Nationale  qu’il a créé pour fournir un appui supplémentaire aux efforts déployés pour limiter la propagation du Covid-19 et pour soigner les malades. Il a également reçu un financement d’urgence de 226 millions de dollars du Fonds Monétaire International (FMI).

Les établissements sanitaires camerounais manquent de ressources pour  pour faire face à la pandémie de Covid-19. Les prestataires de soins de santé que nous avons interrogés ont fait état de pénuries d’équipements hospitaliers de base, notamment de thermomètres, de produits désinfectants et de médicaments, ainsi que de ventilateurs, d’oxygène et d’équipements de protection pour les médecins et les infirmières tels que masques, gants et lunettes. Malgré ces pénuries, le gouvernement n’a fourni aucune information concernant les sommes encaissées par le Fonds de Solidarité pour la Santé, ses éventuels décaissements et le solde disponible, et n’a pas davantage clarifié ses règles de gestion. L’absence apparente de recours à ce fonds pour faire face à l’actuelle crise sanitaire et économique suscite de graves inquiétudes sur la possibilité que l’argent ait été mal utilisé ou détourné par corruption.

 

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