Cameroun : Amnesty International livre son rapport 2019

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D’après l’organisation, des groupes armés et les forces de sécurité ont continué de commettre des atteintes aux droits humains.

On retient que ces violations se sont déroulées dans le contexte de la crise anglophone et de la lutte contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord. Le nombre de personnes déplacées a augmenté et des centaines de milliers d’enfants n’ont pas pu être scolarisés. Les autorités ont réprimé la dissidence. Le Cameroun a été le théâtre de trois grandes crises, qui ont donné lieu à de nombreuses atteintes aux droits humains. Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des groupes armés séparatistes, qui se sont formés après la répression des manifestations pacifiques contre la discrimination en 2016, et les forces de sécurité se sont cette année encore rendus coupables de graves violations des droits fondamentaux.

Entre le 30 septembre et le 04 octobre, les autorités ont organisé un « grand dialogue national », dont l’objectif était de s’attaquer aux causes profondes de la crise et de trouver des solutions en faveur de la paix et de la réconciliation. Dans la région de l’Extrême-Nord, les populations civiles ont subi une multiplication des attaques perpétrées par des groupes armés liés à Boko Haram. A Yaoundé et dans d’autres grandes villes, des manifestations pacifiques organisées par des militants politiques pour contester les irrégularités présumées du processus électoral de 2018, qui a abouti à la réélection du président Paul Biya pour un septième mandat, ont été sévèrement réprimées.

Exactions perpétrées par des groupes armés

Des groupes armés séparatistes ont continué à tuer des membres des forces de sécurité et à commettre des exactions visant la population. Ils ont perpétré des homicides illégaux, souvent accompagnés de mutilations. Ils ont pris pour cible des fonctionnaires, de simples citoyens n’ayant pas respecté les consignes de mise en œuvre d’opérations « ville morte » ou de fermeture des écoles, et des proches d’agents des forces de défense ou de sécurité. Une vidéo diffusée en septembre sur les réseaux sociaux a montré des hommes encagoulés décapitant une surveillante de la prison centrale de Bamenda.

Des groupes armés se sont également rendus coupables de nombreux enlèvements d’étudiants, de journalistes et de travailleurs et travailleuses humanitaires. En février, le président de l’Association camerounaise des journalistes anglophones a été enlevé par des combattants séparatistes dans la ville de Bamenda après avoir critiqué le fait qu’ils aient appelé les familles à ne pas envoyer leurs enfants à l’école. En septembre, une station de radio locale de Buea (région du Sud-Ouest) a été attaquée et l’animatrice Mary Namondo a été enlevée. En octobre, dans la commune de Tubah, des groupes armés ont également enlevé 10 personnes travaillant pour deux partenaires opérationnels de l’ONU, qu’ils ont relâchées par la suite.

Les avancées observées ces dernières années ont été remises en question par une multiplication des attaques imputables à des groupes armés liés à Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord. Entre janvier et novembre, 275 personnes ont été tuées dans ces attaques, selon les données recueillies par Amnesty International ; 225 étaient des civils. Le canton de Tourou, qui comprend 16 villages, a subi au moins 16 incursions au cours desquelles six personnes ont été tuées et plusieurs ont été enlevées.

Dans les départements du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava, les attaques ont le plus souvent pris la forme de raids meurtriers donnant lieu à des homicides, des enlèvements, des mutilations et des pillages. Des membres de comités d’autodéfense, des personnes âgées et des personnes handicapées figuraient généralement parmi les victimes. Ces atrocités pourraient être constitutives de crimes de guerre.

Violations commises par les forces de sécurité

L’armée a procédé à des exécutions extrajudiciaires et à des destructions de logements lors de ses opérations dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, comme l’ont signalé l’ONU et des ONG internationales et locales. Le 31 octobre, le président des États-Unis a supprimé le Cameroun de la liste des bénéficiaires de la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), au motif que ce pays n’avait pas répondu aux préoccupations concernant les violations persistantes des droits humains commises par ses forces de sécurité.

Les autorités traditionnelles ont accusé le Bataillon d’intervention rapide (BIR) d’être entré de force dans le palais royal de Bafut (Nord-Ouest), où il aurait fait des blessés et se serait livré à un pillage le 24 septembre. Selon l’ONU, les incendies de logements imputables principalement à l’armée camerounaise représentaient 35,5 % des 1.790 problèmes de protection enregistrés en octobre.

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