Cameroun : La femme a accès à la terre à Mfou

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C’est l’information qui émane d’un reportage effectué dans le chef-lieu du département de la Mefou et Afamba.

La question de l’accès des femmes à la terre reste d’actualité à Mfou. Jeanne Marie Assang, Notable de la Chefferie de 3eme Degré d’Elig Zambo Awono raconte. « Dans la tradition bene, peuple autochtone de la ville de Mfou, les garçons et les filles ont toujours eu les mêmes droits. Même comme la femme est destinée au mariage, cela n’empêche pas qu’elle ait accès à la terre. Chez nous les Bene, tous les enfants sont susceptibles de relever leurs familles. D’ailleurs, les filles conservent mieux le patrimoine familial. Elles ne sont pas comme les garçons qui passent le temps à brader les terres, » précise la Notable.

Retour gagnant de Céline Ngono
De l’avis de la gardienne de la tradition, il vaut mieux céder la terre à la gent féminine qu’au sexe dit fort. Céline Ngono tient un commerce à Mfou. Après une union tumultueuse, elle a été obligée de regagner le domicile familial. « C’est grâce au terrain que mes parents m’ont légué que j’ai pu refaire ma vie. Je subis des attaques à longueur de journée. Les gens trouvent que ma place n’est pas ici au village. Pourtant je ne leur demande rien du tout. Mes frères ont vendu leurs lopins de terre pendant que j’étais en mariage. Ils s’apprêtaient déjà à ventiler ma parcelle mais malheureusement pour eux, je suis revenue en famille. C’est une bonne chose de céder le terrain aux femmes, » conclut Ngono.

Esther Nkolo, agent de l’Etat, pense que tous les enfants devraient avoir les mêmes avantages. « Il faut souligner que le fait de donner du terrain à la fille n’est pas un crime. La fille au même titre que le garçon doit jouir des mêmes droits. Cessons de faire croire que la femme est un être inférieur et qu’elle n’a droit à rien. Avec cette façon de voir les choses, la société ne peut pas avancer. Dans ma famille, toutes les femmes qui ont eu accès à la terre font notre fierté, » souligne Nkolo. Maître Véronique Simo Téguia, Notaire à Mfou est convaincue que les femmes doivent avoir leur part d’héritage.

Rôle du notaire
« Dans nos activités, nous conseillons les femmes. Quand une femme se présente chez nous pour sécuriser ses terres, il y a des préalables à remplir. Toute femme ayant hérité d’une parcelle de terre doit fournir un certain nombre de documents attestant qu’elle en est vraiment propriétaire. On peut citer par exemple, le procès-verbal de famille, le certificat d’acquis de droit et la grosse. Elle doit s’acquitter de ses charges fiscales. Bref, elle doit être en règle, » argumente Maître Simo Téguia. D’après Honoré Ndongo, mécanicien à Mfou, les femmes ne devraient pas avoir accès à la terre.

« Toutes les richesses de ce monde appartiennent aux femmes d’une manière ou d’une autre. La preuve, ma femme absorbe une bonne partie de mes revenus. Le mariage lui offre la chance de gagner tout ce qu’elle veut. En discutant les terres avec les hommes, les femmes démontrent qu’elles sont des êtres insatiables. Une de mes sœurs, est venue s’installer dans notre domaine avec son conjoint. Ce dernier a tout liquidé chez eux. Actuellement, il nous pourrit la vie. Tout cela arrive parce que ma sœur a hérité d’un vaste terrain. Pour moi, l’accès des femmes à la terre peut déstabiliser les familles, » souligne Ndongo très remonté contre son beau-frère.

Silence des autorités
Les questions foncières soulèvent les passions à Mfou. Mais malheureusement lors de nos investigations, les autorités administratives ont refusé de s’exprimer. Les descentes sur les quatre sites abritant les Services Départementaux du Ministère des Domaines du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF) n’ont rien produit. Tous les responsables de ces services se sont réfugiés derrière un silence profond, arguant qu’ils n’avaient pas l’autorisation de délier leur langue en ce qui concerne l’accès de la femme à la terre. Mfou est une localité située à environ 30 km de Yaoundé. C’est la vitrine du département de la Mefou et Afamba. Lors du recensement 2005, sa population était évaluée à 10.533 âmes.

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