Côte d’Ivoire : Plus de 10 millions de déplacements jour à Abidjan

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Les enjeux de mobilité urbaine au sein de la principale agglomération du pays sont perceptibles pour tous ses habitants et engendrent des coûts exorbitants.

Selon une étude, on compte plus de 10 millions de déplacements par jour à Abidjan. Chaque ménage dépense en moyenne 1.075 FCFA et « perd » plus de trois heures dans les transports. En d’autres termes, plus de 4 milliards FCFA sont dépensés quotidiennement (en coût monétaire et d’opportunité), soit l’équivalent de 1.200 milliards FCFA par an. Cette dépense est la troisième dans le portefeuille des ménages (après la nourriture et le logement) et représente environ 4 à 5% du PIB.

De plus, les frais de transports nuisent à la compétitivité des entreprises. Les bouchons de circulation provoquent aussi de l’insécurité routière et de la pollution. Ces fléaux devraient s’aggraver avec l’intensification de l’agglomération urbaine. La ville d’Abidjan devrait atteindre environ 10 millions d’habitants d’ici 2040. Selon les projections des Nations Unies, deux Ivoiriens sur trois vivront dans un centre urbain en 2050.

Trois raisons expliquent les difficultés de mobilité à Abidjan. La première est liée aux infrastructures. On y compte plus nombreuses que dans la majorité des grandes villes africaines, mais leur distribution est inégale sur le territoire. En plus, elles se dégradent rapidement. Les embouteillages se concentrent autour de quelques points névralgiques, à cause de la morphologie de la ville coupée en deux parties sur une longue distance par la lagune (Ebrié) et par une mauvaise gestion de la circulation.

La deuxième raison est la quasi-absence de transport public à Abidjan, qui représente moins d’un déplacement sur 10 (le bus généralement), soit environ 4 fois moins que dans une ville de même taille en Europe. Aujourd’hui, environ 40 % des déplacements se font à pied, comme dans les principales villes européennes. La différence est qu’en Côte d’Ivoire, il s’agit plus d’un choix forcé que d’une option, en raison de la contrainte financière qui pèse sur les ménages les plus pauvres.

Pour leurs déplacements motorisés, les usagers ont recours au transport artisanal (nonconventionné) comme les minibus (gbakas) et les taxis collectifs (woro-woro) ou individuels. Si ce système privé a le mérite de combler une carence de l’Etat et représente environ 100.000 postes de travail, il souffre d’inconvénients. D’abord, il contribue à l’encombrement des voies et donc aux embouteillages ainsi qu’à l’insécurité et à la pollution.

Ensuite, il n’assure qu’une couverture géographique imparfaite car il privilégie les routes les plus rentables commercialement. Enfin, il reste relativement coûteux ou peu accessible pour de nombreux ménages pauvres. Enfin, la troisième raison des difficultés de mobilité urbaine tient au manque de respect des règles, avec un nombre élevé d’infractions au Code de la Route, qui sont en outre rarement sanctionnées.

De nombreux véhicules rejettent également plus d’huile que d’essence dans l’atmosphère malgré l’inspection annuelle imposée par les autorités. L’occupation des voies ne correspond pas à celle d’une ville moderne. Cela étant, les difficultés de mobilité urbaine trouvent en partie leur origine dans des défaillances de gouvernance et une fragmentation des responsabilités. Une meilleure gestion de la ville permettrait de remédier à l’inadéquation de l’infrastructure routière.

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