Cameroun : Les exactions liées à la crise anglophone condamnées

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Selon le rapport de Human Rigths Watch 2019, le Cameroun, jusque-là connu pour sa stabilité, a connu des actes de violence et de sérieuses atteintes aux droits humains.

Le pays a été le théâtre d’opérations militaires ayant généré des exactions, opérations déployées dans le but de lutter contre une insurrection sécessionniste dans deux régions anglophones, d’attaques perpétrées par le groupe militant islamique Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord et d’une aggravation de la crise humanitaire. Le 7 octobre, le président Paul Biya, 85 ans, remportait son septième septennat.

Dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, les forces de sécurité gouvernementales ont commis des exécutions extrajudiciaires, incendié des biens, procédé à des arrestations arbitraires et torturé des détenus. Un rapport de Human Rights Watch a documenté un large éventail d’exactions commises par les deux parties dans les régions anglophones, notamment la mise à feu de maisons et d’écoles. D’après l’International Crisis Group, les forces gouvernementales et les séparatistes armés ont tué plus de 420 civils dans ces régions depuis l’aggravation de la crise en 2017.

Les répercussions humanitaires des attaques perpétrées par Boko Haram et de l’insurrection séparatiste sont de plus en plus préoccupantes. En novembre, les Nations Unies ont estimé à plus de 244 000 le nombre de civils déplacés dans l’Extrême-Nord et à 437 500 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Environ 32.600 Camerounais se sont réfugiés au Nigeria. Par ailleurs, le Cameroun a continué de forcer des demandeurs d’asile nigérians, qui fuyaient les attaques de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, à regagner leur pays.

Si le gouvernement a maintenu qu’il ne saurait tolérer des crimes graves commis par les forces de sécurité, il n’a pas réussi à montrer des progrès pour ce qui est d’enquêter sur ces crimes et les punir. Le 22 octobre, le Conseil constitutionnel camerounais a validé la réélection de Paul Biya, avec 71,28 % des suffrages. La décision du Conseil a été immédiatement contestée par l’un des rivaux de Biya, Maurice Kamto, qui a affirmé que les résultats avaient été faussés. Début novembre, des dizaines de manifestants pro-Kamto ont été arrêtés à Bafoussam, dans la région de l’Ouest. Le 6 novembre, Biya prêtait serment pour un septième mandat de président.

La crise anglophone : des exactions commises par les deux parties

Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’absence de véritable processus électoral permettant de venir à bout de griefs vieux de dizaines d’années contre le gouvernement Biya a contribué à la radicalisation du discours et des tactiques des activistes anglophones. Depuis la mi-2017, les séparatistes anglophones s’en prennent aux institutions gouvernementales et menacent, enlèvent et tuent des civils perçus comme se ralliant à la cause du gouvernement.

En 2016 et 2017, les forces de sécurité gouvernementales ont fait un usage excessif de la force pour réprimer des manifestations en grande partie pacifiques organisées par des membres de la minorité anglophone du pays qui réclamaient une plus grande autonomie pour leur région. Lors de manifestations fin 2017, les forces gouvernementales ont tiré à balles réelles, y compris à partir d’hélicoptères, tuant au moins douze personnes et en blessant des dizaines. Certains individus détenus dans le cadre de ces manifestations ont subi des actes de torture et des mauvais traitements.

En octobre 2017, les dirigeants séparatistes ont unilatéralement déclaré l’indépendance des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et la création d’une nouvelle nation appelée Ambazonie. Le mois suivant, le président Biya annonçait que le Cameroun était attaqué par des terroristes et jurait d’« éradiquer ces criminels ». Le rythme et l’ampleur des attaques des groupes séparatistes armés contre les forces de sécurité, les fonctionnaires et les institutions étatiques ont augmenté, surtout après l’arrestation et la déportation de 47 militants sécessionnistes présumés depuis le Nigeria en janvier 2018.

Atteintes commises par les forces gouvernementales

Human Rights Watch a découvert que les forces gouvernementales répondaient à l’insurrection séparatiste croissante en lançant des opérations de sécurité violentes à l’encontre des communautés soupçonnées d’appuyer les groupes sécessionnistes. Les forces de sécurité ont commis des exécutions extrajudiciaires, fait un usage excessif de la force envers les civils, torturé des séparatistes et autres détenus et employé à leur égard des pratiques abusives, et incendié des maisons et des biens dans des dizaines de villages.

Lors des attaques documentées par Human Rights Watch, les forces de sécurité auraient abattu plus d’une dizaine de civils, dont au moins sept personnes qui, selon des témoins, présentaient des déficiences intellectuelles, psychosociales ou physiques et qui ne s’étaient pas enfuies parce qu’elles ne pouvaient ou ne voulaient pas le faire. Au moins quatre femmes âgées sont mortes brûlées vives après la mise à feu de leur domicile par les forces de sécurité.

Human Rights Watch a également rendu compte de trois cas dans lesquels des membres des forces de sécurité ont détenu des personnes soupçonnées de soutenir la cause sécessionniste, puis les ont torturées et tuées pendant leur détention. Dans un quatrième cas, Human Rights Watch a analysé des preuves de torture filmées par leurs auteurs, qui semblent être des gendarmes. Les 24 et 27 septembre, neuf hommes auraient été exécutés par les forces de sécurité dans la ville de Buea, d’après des vidéos analysées par Human Rights Watch et un rapport du Centre for Human Rights and Democracy in Africa, une organisation non gouvernementale (ONG) locale.

Exactions commises par les séparatistes armés : attaques visant des étudiants, des enseignants et des écoles

Pour s’assurer du respect du boycott des écoles suite aux manifestations d’enseignants anglophones organisées pour faire valoir la discrimination qu’ils percevaient de la part du gouvernement national majoritairement francophone, les groupes séparatistes ont attaqué et incendié des dizaines d’écoles, menacé des enseignants, des élèves et des parents, enlevé des chefs d’établissement et attaqué violemment des enseignants et des élèves. En mars, des personnes dont on estime qu’il s’agissait de séparatistes armés ont attaqué un dortoir de lycée à Widikum, dans la région du Nord-Ouest, et abattu Emmanuel Galega, un élève.

Ces moyens de pression ont contraint la majorité des établissements scolaires à fermer leurs portes pendant l’année scolaire 2016-2017 et, d’après les estimations, 42 500 enfants n’avaient toujours pas repris leur scolarité en mai 2018, selon le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA). La plupart des écoles n’ont pas rouvert leurs portes en 2018.

Le 30 avril, le père William Neba, le directeur du Collège St. Bede à Ashing, près de Belo, dans la région du Nord-Ouest, a été enlevé alors qu’il célébrait la messe avec des élèves. Il a été libéré deux jours plus tard. L’école a suspendu les cours le jour de son enlèvement. En septembre, des hommes armés non identifiés ont attaqué une école de filles à Bafut, dans la région du Nord-Ouest, enlevant cinq élèves et blessant grièvement le directeur.

En septembre, le gouvernement a avalisé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, un accord politique international visant à protéger le secteur de l’éducation lors des conflits armés.

Le 5 novembre, jusqu’à 78 élèves auraient été enlevés à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest, par des hommes armés non identifiés. Ils ont été libérés deux jours plus tard.

 

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